jeudi 23 avril 2015

Chapitre 7 Les poussières de l'Empire


Les poussières de l’Empire

Pendant ce temps la Transparence et Garcia continuaient les interrogatoires.
La Transparence allait commencer par la Bretonne, pendant que Garcia s'occupait de la Chèvre qu'il savait proche de la victime.

La jeune femme dans la quarantaine, cheveux courts blonds, habillée plutôt sportwear,  lui parla de ces usagers qui ne respectaient pas les règles, qui voilaient leurs femmes et ne savaient pas éduquer leurs enfants.

Garcia apprit que Lamer assurait le suivi de la mère du Généreux. Un jour furieux, celui-ci était venu faire un scandale suite à un refus d'aide pour sa mère.
Il avait menacé Lamer, on avait appelait la police pour le sortir du bureau,  mais hélas il n'était pas le seul à proférer des menaces. La Chèvre lui décrivit la peur et le dégout de ce quartier. Garcia lui promit de trouver l'assassin et, alors qu'il se faisait raccompagner à la porte, ils virent passer un jeune, toute musique dehors, et bien sûr du rap et même du groupe Secteur 6.

La Transparence, elle,  aimait bien la Bretonne, une assistante sociale, complètement atypique, grande aux cheveux bouclés auburn et aux yeux bleus, elle avait même été bergère dans une autre vie. Il y avait une grande reproduction de Matisse "La fenêtre à Tanger" au mur, une bibliothèque où les usagers pouvaient se servir et quelques bibelots du Maghreb sur  son bureau. Elle la savait appréciée par ceux qui fréquentaient le centre social, ce n'était pas une "Madame non d'avance" comme ils disaient de Lamer !

La Bretonne lui raconta le peu d'intérêt qu'elle avait par rapport à la victime. Elle la trouvait très éloignée de l'éthique, avec parfois des propos limites, voire discriminatoires sur les habitants du quartier.
La Bretonne parla de ces territoires poussières d’Empire, où, les origines font écran à tous ce qu’on peut dire. Elle évoqua aussi les enfants du divorce colonial parqués dans les quartiers en périphérie des grandes villes, les classes fruits amers de cette ségrégation spatiale, le manque d’appétence aux apprentissages, la fatigue des profs et le désespoir des parents. Bref une génération entière délaissée, ignorée, mal aimée, dans le vide après avoir tenu les murs.

 La Transparence lui raconta aussi les gens croisés en hauts lieux, ces lieux, où « l’air est si pollué qu’il faudrait le faire passer dans plusieurs filtres avant de le respirer ».
La Transparence la quitta, et se dirigea vers le centre ville lorsque, de la fenêtre de sa voiture, elle aperçut Princesse Mel avec un visage qui lui était familier.
Ils semblaient assez proches. Elle garât sa vieille caisse et continua le chemin à pied, question d'être obligée de passer dans la contre-allée et, donc, devant la terrasse où ils se trouvaient.
C'était Steve Ed, un haut fonctionnaire de l'Etat. Elle était surprise d'apprendre qu'ils se connaissaient, leurs mondes étaient tellement éloignés. C'était comme la rencontre des white trash avec l'aristocratie.
Il est vrai qu'au jour d'aujourd'hui il n'y avait presque plus de lutte des classes, juste du bizness et du négoce. Princesse Mel avait aperçu le manège de la Transparence, elle se leva et emmena son compagnon loin des regards inquisiteurs.
Quand à la Transparence elle était invitée dans la famille de Garcia pour un repas. A la vue du menu, elle n’avait pas hésité un seconde. Décidément malgré leurs antagonismes, son adjoint savait la prendre.

La famille de Garcia était nombreuse : cinq frères et sœurs, leurs enfants, leurs conjoints et deux amis.
C’était un désordre et une gaité sans nom où les personnes s’invectivaient sans cesse à propos de tout et de rien : le manque de safran, le trop d’ail ou la grosseur de la graine du couscous.
Aujourd’hui il y avait les deux branches de la famille l’oranaise et l’algéroise ; alors le conflit culinaire était à son paroxysme et semblait se cristalliser sur la grosseur de la graine du couscous et de la sauce qui devait aller avec.
Elle retrouvait tous les clivages régionaux entre l’ouest et le centre algérien.
Malgré cela le couscous était très réussi avec ses différentes salades autour, où chacun pouvait piocher au grès de son envie. Il y eut aussi des boulettes à la tomates qui marqua définitivement l’identité du repas : l’ouest avait gagné ! Donc on termina par un thé à la menthe au lieu du café.

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