mercredi 22 avril 2015

Chapitre 4 Le plateau du Vercors



Le plateau du Vercors

La Transparence décida d'aller voir les parents de Lamer. Ils habitaient à la campagne sur le plateau du Vercors. Seule la mère était dans la maison, le père était aux champs entrain d'aider un voisin pour sa récolte.

La mère était une femme humble avec un fort accent italien qui avait fait huit enfants et qui semblait complètement dépassée parce que pouvait arriver à ses enfants et en particulier à Lamer.

Elle ne comprenait pas le choix de vie de sa fille qu'elle avait découvert après sa mort. Elle l'avait élevée dans la religion catholique et semblait très choquée par la découverte de son homosexualité.
Par la suite, dans la conversation, la Transparence comprit qu'elle était tétanisée à l'idée que son mari l'apprenne et s'oppose à un enterrement religieux.

Lamer semblait avoir grandi avec ses frères et sœurs sans qu'on fasse particulièrement cas d'elle. Le reste de la fratrie avait surtout opté pour des métiers dans le commerce ou l'industrie.

Le frère ainé, cadre dans une entreprise nationale, venait d'arriver dans la maison parentale et décrivait sa cadette comme une sportive, peu enclin aux échanges et assez secrète au final. Il comprenait mal le contenu de son travail et il disait être persuadé que c'était une de ces racailles pour lesquelles elle se dévouait qui avait du l'assassiner.

Quand à lui il ne connaissait pas du tout son milieu amical ou professionnel, depuis qu'ils étaient devenus adultes ils ne se voyaient que pour les repas de famille une fois par mois.

La Transparence repartit dubitative devant le peu d'échanges qu'il semblait y avoir dans cette famille. Elle n'avait recueilli aucun élément qui pouvait faire avancer concrètement l'enquête.

La Transparence rentra chez elle, rue de la Commanderie à Echirolles, bredouille et fatiguée. Elle prit un bain tout en mettant Noir Désir sur la platine CD.

Le téléphone sonna, c'était Pierre le défroqué :
"Allo ça te dit un pot sur la place Notre Dame ?"
"Je suis décalquée ce soir.”

Pierre était un homme dans la cinquantaine passée, un regard franc dans un visage marqué par l'alcool et la dépression, une allure élégante, plutôt pas mal.
C'était un ancien juge d'instruction qui avait quitté la magistrature, usé qu'il était par l'institution, ses contradictions et ses compromissions avec les bien placés de la société.

Avec la Transparence, ils étaient amants quelquefois, mais en fait plutôt qu'une relation amoureuse, c’était juste une alliance de deux solitudes.

La Transparence avait rencontré beaucoup d'hommes, avait connu la fulgurance mais, maintenant à quarante cinq ans, elle cherchait plutôt l'étayage.
Elle déclina l'invitation de Pierre le Défroqué pour le lendemain, elle était trop fatiguée, et préférait, après un bon bain, se plonger dans le dernier livre d'Alain Badiou, avec Aretha Franklin en musique de fond.

Garcia, lui, était troublé, Lamer, l'a.s. assassinée, le renseignait souvent sur tel ou tel habitant. Elle avait la trentaine passée, petite, maigre, sautillant sans cesse, le regard fuyant et les doigts jaunis par la cigarette. Son aspect n'était pas très engageant, mais bon, elle lui rendait assez souvent service en lui donnant des informations qui s'avéraient souvent précieuses pour serrer tel ou tel délinquant.
 Il lui fallait donc commencer l'enquête par une liste des usagers du centre social. Il pensait à certains jeunes suivis par les services sociaux, jamais contents, toujours insatisfaits et aigris par rapport à l'autorité et ses représentants. Il détestait toute cette racaille, détestation qu'il partageait largement avec la morte.

On n'avait pas retrouvé l'arme du crime et il semblait  que la victime connaissait l'assassin, puisqu'il n'y avait pas eu effraction.
Dans une heure, il irait fait un saut dans une des trois tours Dodero, où il se mettrait en planque pour observer le 13ème étage de la tour 16, là où se retrouvaient tous les lépreux et fracassés du quartier pour fumer, boire, se faire sucer et plus, les jours fastes. C'était le pallier de la cour des miracles.
En chemin il croisa les éducateurs qui l'évitèrent soigneusement : "ils avaient peur de perdre la confiance des jeunes s'ils collaboraient ensemble" disaient-ils. Ceux-là aussi, il ne les aimait pas !

Heureusement d'autres travailleurs sociaux étaient plus coopératifs. Oh ! Il y en avait bien qui s'abritait derrière "le secret professionnel", mais certains agents donnaient tellement de détails, qu'il aurait fallu être stupide pour ne pas reconstituer le portrait et, de plus ils étaient de plus en plus morts de trouille devant les habitants du quartier.

C'était simple, dés qu'il y en avait un qui pétait les plombs, l'Institution employeur leur payait une ou deux heures de psy, quand ils n'exerçaient pas leur droit de retrait…

Alors le boulot du renseignement devenait plus facile pour Garcia : les acteurs sociaux donnaient, donnaient…

Bof, il y en restait bien quelques-uns de récalcitrants comme la Bretonne par exemple, mais guère peu.

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