Le Généreux
La Transparence fut étonnée de voir arriver
le Généreux, sans avoir à le cueillir à six heure
La nuit du meurtre, son emploi du temps était
à peu prés clair, sauf une légère zone de flou qui ouvrit la voie à la
suspicion, enfin, surtout celle de Garcia qui était sûr, depuis un moment, de
tenir son meurtrier.
Le Généreux ne tenta même pas de nier les
menaces qu'il avait proférées envers la victime. Bien sur qu'il la haïssait
l'assistante sociale, "elle avait fait du mal à sa famille !".
Garcia sortit de l'interrogatoire enclin à
croire que la vengeance était le mobile.
Il voulait prolonger la garde à vue pour
continuer à le cuisiner, n'avait-il pas avoué qu'il connaissait le domicile de
la victime ?
La Transparence hésitait : le Généreux
était un braqueur, et ceux-ci n'utilisaient leurs armes que pour se défendre
lors d'un casse qui tournait mal, mais là il n'y avait même pas eu de vol. Elle
le relâcha, en se disait, qu'il fallait le laisser au frais, pour le consommer
peut-être plus tard.
Fâché et même furieux, Garcia lui reprocha de
vouloir protéger Princesse Mel. Il partit faire une enquête de voisinage.
La voisine de palier, terrorisée, eut du mal
à lui ouvrir mais dut s'exécuter devant les injonctions de Garcia. Elle n'avait
: "rien vu, rien entendu, elle ne s'occupait pas des affaires des
autres". Mais, elle avait tenu à préciser qu'elle n'avait jamais vu
d'hommes venir chez sa voisine, ni le week end du meurtre ni avant.
La voisine du dessus, Fanny une jeune
trentenaire fut plus accueillante, mais elle connaissait assez peu la victime,
il lui arrivait cependant de la croiser dans des bars en ville, sans plus.
Garcia passa alors un coup de fil à sa chef
pour lui rendre compte de ce qu'il venait d'entendre c.-à-d. pas grand-chose.
La Transparence lui suggéra d'aller rendre visite à la mère du Généreux. Il
trouva une femme en piteux état, elle sortait de sa deuxième attaque cérébrale
et elle était grave sous cachetons mais elle avait confirmé l'alibi de son
fils.
La Transparence et son adjoint s'étaient
donné rendez vous pour le déjeuner dans le plus vieux café de Grenoble, la Table
Ronde : leurs escalopes à la sauce moutarde étaient mortelles, sans parler de
la tarte tatin.
Elle aimait cette ville, cette forteresse
encastrée dans ses chaines de montagnes. Où que l'on soit dans la ville, on
pouvait voir la chaine de Belledonne, le Néron ou le Vercors avec le
Moucherotte et ainsi franchir allégrement les Alpes. L'Isère et le Drac, aux
eaux hélas si polluées, structuraient le territoire de la vallée en un Y
majestueux, véritable emblème du terroir isérois.
Leur enquête pataugeait et il fallait
reprendre des forces. Pour le café, ils allèrent dans un bar, place aux Herbes,
trois pas plus loin.
Par acquis de conscience, ils montrèrent la
photo de Lamer au barman. Celui-ci la reconnaissait, elle venait souvent le
vendredi soir, toujours accompagnée par la même personne, une femme, mais cela
faisait au moins deux mois qu'elles n'étaient pas venues.
Pendant que la Transparence finissait son
café, Garcia fit un saut à l'appartement de Lamer.
En effet il se souvenait d'une série de
photos sur le mur, dont une où on voyait un groupe de femmes. Peut-être qu'avec
un peu de chance le barman reconnaitrait
la seconde femme. Ce dernier, après une hésitation, reconnut celle du milieu.
La Transparence repartit pour le centre
social avec la photo. La Chèvre ne la connaissait pas, par contre la Bretonne
oui : c'était une ancienne collègue qui était partie travailler dans
l'agglo, quelqu'un de plutôt chouette d'ailleurs.
Elle lui conseilla de voir leur chef de
service qui connaîtrait peut être son nouveau lieu de travail.
Elle reçut un coup de fil de Princesse Mel,
celle-ci révoltée et triste à la fois, lui annonçait le mariage de sa demi-sœur
nikabée avec un barbu salaf, qu'elle avait rencontré sur le Net et vu à peine
trois fois. Le mariage se déroulait ce week end, et après elle partirait avec
lui dans un pays du Golfe.

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