vendredi 24 avril 2015

Chapitre 9 Le Généreux



Le Généreux

La Transparence fut étonnée de voir arriver le Généreux, sans avoir à le cueillir à six heure 
du mat à son domicile. Il ne semblait pas particulièrement inquiet et il avait subi tellement de gardes à vue qu'il en était blindé. C'était un homme d'une trentaine d'années, grand avec des yeux clairs, des cheveux noirs coupés courts, un tee-shirt noir et un pantalon bien taillé et même couleur. Il était élégant, bien proportionné, à l'aise et on pourrait le croire d'un milieu favorisé. Seul son vocabulaire le trahissait.
La nuit du meurtre, son emploi du temps était à peu prés clair, sauf une légère zone de flou qui ouvrit la voie à la suspicion, enfin, surtout celle de Garcia qui était sûr, depuis un moment, de tenir son meurtrier.
Le Généreux ne tenta même pas de nier les menaces qu'il avait proférées envers la victime. Bien sur qu'il la haïssait l'assistante sociale, "elle avait fait du mal à sa famille !".
Garcia sortit de l'interrogatoire enclin à croire que la vengeance était le mobile.
Il voulait prolonger la garde à vue pour continuer à le cuisiner, n'avait-il pas avoué qu'il connaissait le domicile de la victime ?

La Transparence hésitait : le Généreux était un braqueur, et ceux-ci n'utilisaient leurs armes que pour se défendre lors d'un casse qui tournait mal, mais là il n'y avait même pas eu de vol. Elle le relâcha, en se disait, qu'il fallait le laisser au frais, pour le consommer peut-être plus tard.
Fâché et même furieux, Garcia lui reprocha de vouloir protéger Princesse Mel. Il partit faire une enquête de voisinage.
La voisine de palier, terrorisée, eut du mal à lui ouvrir mais dut s'exécuter devant les injonctions de Garcia. Elle n'avait : "rien vu, rien entendu, elle ne s'occupait pas des affaires des autres". Mais, elle avait tenu à préciser qu'elle n'avait jamais vu d'hommes venir chez sa voisine, ni le week end du meurtre ni avant.
La voisine du dessus, Fanny une jeune trentenaire fut plus accueillante, mais elle connaissait assez peu la victime, il lui arrivait cependant de la croiser dans des bars en ville, sans plus.
Garcia passa alors un coup de fil à sa chef pour lui rendre compte de ce qu'il venait d'entendre c.-à-d. pas grand-chose. La Transparence lui suggéra d'aller rendre visite à la mère du Généreux. Il trouva une femme en piteux état, elle sortait de sa deuxième attaque cérébrale et elle était grave sous cachetons mais elle avait confirmé l'alibi de son fils.

La Transparence et son adjoint s'étaient donné rendez vous pour le déjeuner dans le plus vieux café de Grenoble, la Table Ronde : leurs escalopes à la sauce moutarde étaient mortelles, sans parler de la tarte tatin.
Elle aimait cette ville, cette forteresse encastrée dans ses chaines de montagnes. Où que l'on soit dans la ville, on pouvait voir la chaine de Belledonne, le Néron ou le Vercors avec le Moucherotte et ainsi franchir allégrement les Alpes. L'Isère et le Drac, aux eaux hélas si polluées, structuraient le territoire de la vallée en un Y majestueux, véritable emblème du terroir isérois.

Leur enquête pataugeait et il fallait reprendre des forces. Pour le café, ils allèrent dans un bar, place aux Herbes, trois pas plus loin.

Par acquis de conscience, ils montrèrent la photo de Lamer au barman. Celui-ci la reconnaissait, elle venait souvent le vendredi soir, toujours accompagnée par la même personne, une femme, mais cela faisait au moins deux mois qu'elles n'étaient pas venues.

Pendant que la Transparence finissait son café, Garcia fit un saut à l'appartement de Lamer.
En effet il se souvenait d'une série de photos sur le mur, dont une où on voyait un groupe de femmes. Peut-être qu'avec un peu de chance le barman  reconnaitrait la seconde femme. Ce dernier, après une hésitation, reconnut celle du milieu.
La Transparence repartit pour le centre social avec la photo. La Chèvre ne la connaissait pas, par contre la Bretonne oui : c'était une ancienne collègue qui était partie travailler dans l'agglo, quelqu'un de plutôt chouette d'ailleurs.

Elle lui conseilla de voir leur chef de service qui connaîtrait peut être son nouveau lieu de travail.

Elle reçut un coup de fil de Princesse Mel, celle-ci révoltée et triste à la fois, lui annonçait le mariage de sa demi-sœur nikabée avec un barbu salaf, qu'elle avait rencontré sur le Net et vu à peine trois fois. Le mariage se déroulait ce week end, et après elle partirait avec lui dans un pays du Golfe.

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