Chronique d'une
catastrophe annoncée
Pour rendre son rapport, Garcia fit un saut au
commissariat où il trouva tout le monde en ébullition devant le poste de télé.
Il y avait eu un braquage avec armes dans un casino, la BAC avait
poursuivi le voleur de l'agglomération à la Villeneuve. Le braqueur avait pensé trouver refuge dans la galerie Arlequin où il
avait alerté ses potes de son arrivée avec les flics aux trousses. Une
course-poursuite effrénée s'en était suivie avec un hélicoptère…
Arrivé à la galerie, il était descendu de la voiture en menaçant de son
arme les policiers et ceux-ci avaient riposté. Il était mort.
Le Généreux venait d'être descendu, en bas de l'immeuble de sa mère.
Des heurts avec un groupe de jeunes s’engagèrent. Les UTEQ (unités
territoriales de quartier) commençaient à encercler la Villeneuve. Les CRS
avaient pris leurs quartiers avenue Renoir.
Tout le monde était sur les dents, prêts à la guerre : les forces de
sécurisation, les jeunes décidés à en découdre. On avait rangé pour le moment
les "pacificateurs indigènes*".
C'était le temps de l'affrontement et des deux cotés plus rien ne
comptait !
La population avait déserté les rues et le parc et on avait intimé
l'ordre aux agents des services publics de fermer dés 16h pour laisser place
aux forces de police.
Sur la place du marché, la camionnette à pizzas avait relevé son auvent.
Les mamans rentraient avec les poussettes, les vieux abandonnaient leurs
sièges sous les arbres, les jeunes quittaient leurs murs.
La gendarmerie avait dépêché des renforts; une vingtaine de militaires
des PSIG de Meylan, Grenoble et Vizille.
Les rondes d'hélicos qui balayaient de leurs projecteurs les toits et
balcons d’où fusaient des projectiles,
résonnaient jusqu'à Vigny-Musset le quartier d'en face.
Les policiers déployés commençaient à essuyer des tirs à balles réelles.
Vers 23h30 des gaz lacrymogènes étaient lancés contre les jeunes et une
dizaine de voitures de CRS et de la BAC fonçaient toutes sirènes hurlantes à
travers le secteur. Le lendemain, on recommençait la scène et on passait à
l'acte II : encore plus de police, plus de médias et on annonçait le
déplacement du ministre de l’intérieur, voire du Président sur le lieu même des
affrontements : un vrai Bad Trip !
Pendant que le Président, revenant à la raison, renonçait à venir sur le
site du conflit, il compensait par le Discours de Grenoble, véritable acte
fondateur du rapprochement avec l’extrême droite. La panoplie de Vichy y était
revisitée de la déchéance de la nationalité aux démantèlements des camps de
Rom.
« Le Discours de Grenoble est une folie mais une folie assumée. Que
la République sombre ou se régénère, l’été 2010 fera date ! » écrira
l’historien Pierre Cornu.
FIN

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