Place Notre Dame
Le Défroqué avait un faible pour Princesse
Mel, sans se douter un instant qu'elle était la fille de la Transparence.
Pierre le Défroqué craignait ce quartier, qui
générait quinze mille euros de trafic par jour, vingt mille les jours fastes.
Il n'avait de cesse de mette en garde
Princesse Mel contre le Généreux, il se doutait que le dernier braquage dans
l'agglo c'était lui. La rumeur racontait que l'argent avait été caché à la
Villeneuve dans la Galerie.
Cet individu avait la haine des services
sociaux qui avait séparé sa mère de son père, qui avait incité sa mère à
militer dans une association qui aident les femmes battues, qui avait eu pour
effet de se débarrasser du mari mais aussi de laisser les enfants dans la rue.
Il savait aussi qu'il rêvait d'un énorme
casse qui lui rapporterait suffisamment d'argent pour éloigner sa mère des
services sociaux et retrouver sa dignité.
Le Défroqué racontait tout cela à la
Transparence qui l'écoutait avec une grande attention. Elle pensait qu'en fait
le Généreux pouvait faire un suspect avec sa haine des travailleurs sociaux.
Lundi, elle le convoquerait pour vérifier son
alibi.
Cette mauresque de début de soirée, sur la
place Notre Dame était un luxe et un vrai moment de détente. Toute la faune
bobo, à coté des vieux immigrés étaient de sortie. Le café Le Centenaire était
plein, le 1900, le Glacier blindés et même la placette devant l'Evêché. La
Transparence aimait ces moments de discussion partagés avec Pierre le Défroqué,
peut être encore plus que le lit.
Son adjoint Garcia l'appela; le quartier
était à feu et à sang suite à un contrôle d'identité qui avait mal tourné comme
souvent.
Il y avait un début d'incendie à l'école du
Verderet et à la bibliothèque. La guerre entre la BAC et les jeunes faisait
rage. Les gamins de quatorze ans étaient sortis, les mères étaient au balcon,
avec la peur au ventre des balles perdues, elles n'avaient pas pu les retenir.
La nuit fut longue, la fureur se calma pour
laisser place aux bruits des
hélicoptères.
Les enfants réveillés étaient effrayés,
imaginaient qu'ils allaient traverser les murs.
Tous les gamins qu'on avait trouvés dehors,
avaient été ramassés, interrogés et aussitôt mis en garde à vue en attendant
leur comparution immédiate. C'était la procédure.
Garcia savait pertinemment, qu'il y aurait
dans cet abattage beaucoup d'erreurs, et il n'en avait aucune culpabilité car,
se disait-il, si ces jeunes n'avaient rien fait la nuit passée, les jours ou
semaines d'avant ils avaient certainement commis des conneries.
A ces moments là, il était en grande tension
avec sa chef, qui tenait au respect de la procédure, et à un interrogatoire
propre et croisé si possible.
Heureusement, se disait Garcia dans son fort
intérieur, ils avaient reçu des ordres d'en haut pour accélérer la procédure.
L'Institution avait besoin de communiquer à la presse, chiffres à l'appui.
La catastrophe s'annonçait
: les discours des politiques, des images en boucle dans les médias et qui sait
peut-être le déplacement du préfet.
Certains jeunes étaient excités, et le parler
wech était virulent. Les adultes, eux, avaient honte : on parlait encore mal de
leur quartier et de leur communauté.
Quant aux travailleurs sociaux, certains
applaudissaient au retour de l'ordre, pendant que d'autres se culpabilisaient
devant leur impuissance et la souffrance des habitants.

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