samedi 25 avril 2015

Chapitre 12 L'insomnie des étoiles


L'insomnie des étoiles

Ils étaient maintenant tous deux persuadés que la solution de leur enquête était du coté de Patchouli.
Ils la trouvèrent prostrée chez elle, sans résistance aucune et elle devança  leurs questions.
"Oui elle avait tué Lamer "
"Oui c'était avec le talon aiguille de la chaussure de son amie"
"Oui l'arme du crime était chez elle".
Patchouli raconta la frustration de vivre une relation cachée et quelque part niée, le départ du centre social où elle était respectée, tout cela pour protéger leur relation.
Elle s'était sacrifiée pour Lamer, avait été un appui pour améliorer ses relations avec les usagers, lui faisant comprendre à chaque instant le quartier en souffrance, mettant à bas ses représentations et ses préjugés.
Elle lui avait expliqué durant des soirées entières les stigmates qu'on projette sur les quartiers (im)populaires, dont la population évolue entre paranoïa, victimisation et colère et dont la langage était une sueur du corps profond. Sans oublier  le ghetto du gotha, la France qui se tricotait entre héritage et mérite, bref une société du tout à l'égo comme l'avait écrit Régis Debray.
Au bout de toutes ces années, elle était épuisée, vidée par les contradictions entre ses valeurs et celles de son amie, lorsqu'une petite jeune collègue était arrivée au centre social. Lamer tomba sous le charme et ce fut un épisode de trop pour Patchouli.

La liberté c'est de faire autre chose que ce que les autres ont fait de nous.  J.P. Sartre

La Transparence passa chez Mel pour lui annoncer la nouvelle et la rassurer par rapport au Généreux.
Elle profita de ce moment de soulagement pour l'inviter chez elle, elle aussi savait cuisiner les tagines. Est-ce que Mel connaissait celui aux coings et au miel ?

Il fallait découper la viande d'agneau en morceaux, bien la colorer dans le beurre chaud.
Ajouter les oignons, l'ail, la cannelle.
Mélanger et mouiller avec de l'eau à hauteur des morceaux de viande.
Laisser cuire 45mn.
Laver et couper les coings, les cuire dans l'eau bouillante en veillant à les garder ferme.
Egoutter puis passer dans une poêle avec miel et beurre. Les glacer.
Dresser sur un plat viande et coings.
Saupoudrer de cannelle et de quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger.
Et déguster!

Mel intriguée la questionna sur les origines  de cette culture culinaire arabe. Soudain elle lui parla de son père qui avait très peu évoqué de sa mère ; à peine lui avait-il dit qu'elle avait quitté l'Algérie, lorsqu'elle était petite, et, que depuis c'était le silence.
Princess Mel, à chaque fois, ressentait une colère sourde contre elle, mêlée à une tendresse très forte, aux moments si rares, où elle évoquait des images de son enfance, où elle était encore là : l'odeur de l'eau de fleur d'oranger, de la cannelle et du miel dont elle enrobait les gâteaux qu'elle lui préparait, le goût des amandes et des dattes dont elle ne savait plus si c'était rattaché à sa mère ou à sa grand-mère tant les souvenirs étaient enfouis et scellés.

Elle aimait ces odeurs, mais, parfois elles lui donnaient la nausée tellement elles lui rappelaient le manque et l'absence.

Cette séparation précoce lui avait fait faire un pas de coté et soudain, elle était devenue étrangère à sa propre enfance. La Transparence lui raconta alors sa naissance,  son père et leur vie à trois en Algérie, puis son départ de ce pays où elle se sentait asphyxiée et enfin la dislocation de leur couple une fois réinstallé en France avec la difficulté de vivre pour son père au chômage. Et le choix qu'elle avait fait pour ne pas l'humilier encore plus.

Le soleil inondait le parquet  jonché de livres ainsi que le canapé rouge du salon où Mel s'allongea.
La Transparence était désemparée face à la difficulté de lui venir en aide.  Elle hésitait à téléphoner à son père. Elle décida de se remettre au travail pour ne pas se laisser envahir par la tristesse.

Le téléphone sonna et c'était Garcia. Elle était laconique ne répondant que par oui ou par non à la conversation.

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