L'insomnie des étoiles
Ils étaient maintenant tous deux persuadés
que la solution de leur enquête était du coté de Patchouli.
Ils la trouvèrent prostrée chez elle, sans
résistance aucune et elle devança leurs
questions.
"Oui elle avait tué Lamer "
"Oui c'était avec le talon aiguille de
la chaussure de son amie"
"Oui l'arme du crime était chez elle".
Patchouli raconta la frustration de vivre une
relation cachée et quelque part niée, le départ du centre social où elle était
respectée, tout cela pour protéger leur relation.
Elle s'était sacrifiée pour Lamer, avait été
un appui pour améliorer ses relations avec les usagers, lui faisant comprendre
à chaque instant le quartier en souffrance, mettant à bas ses représentations
et ses préjugés.
Elle lui avait expliqué durant des soirées
entières les stigmates qu'on projette sur les quartiers (im)populaires, dont la
population évolue entre paranoïa, victimisation et colère et dont la langage
était une sueur du corps profond. Sans oublier
le ghetto du gotha, la France qui se tricotait entre héritage et mérite,
bref une société du tout à l'égo comme l'avait écrit Régis Debray.
Au bout de toutes ces années, elle était
épuisée, vidée par les contradictions entre ses valeurs et celles de son amie,
lorsqu'une petite jeune collègue était arrivée au centre social. Lamer tomba
sous le charme et ce fut un épisode de trop pour Patchouli.
La
liberté c'est de faire autre chose que ce que les autres ont fait de nous. J.P. Sartre
La Transparence passa chez Mel pour lui
annoncer la nouvelle et la rassurer par rapport au Généreux.
Elle profita de ce moment de soulagement pour
l'inviter chez elle, elle aussi savait cuisiner les tagines. Est-ce que Mel
connaissait celui aux coings et au miel ?
Il fallait découper la
viande d'agneau en morceaux, bien la colorer dans le beurre chaud.
Ajouter les oignons,
l'ail, la cannelle.
Mélanger et mouiller
avec de l'eau à hauteur des morceaux de viande.
Laisser cuire 45mn.
Laver et couper les
coings, les cuire dans l'eau bouillante en veillant à les garder ferme.
Egoutter puis passer
dans une poêle avec miel et beurre. Les glacer.
Dresser sur un plat
viande et coings.
Saupoudrer de cannelle
et de quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger.
Et déguster!
Mel intriguée la questionna sur les
origines de cette culture culinaire
arabe. Soudain elle lui parla de son père qui avait très peu évoqué de sa mère ;
à peine lui avait-il dit qu'elle avait quitté l'Algérie, lorsqu'elle était
petite, et, que depuis c'était le silence.
Princess Mel, à chaque fois, ressentait une
colère sourde contre elle, mêlée à une tendresse très forte, aux moments si
rares, où elle évoquait des images de son enfance, où elle était encore là :
l'odeur de l'eau de fleur d'oranger, de la cannelle et du miel dont elle
enrobait les gâteaux qu'elle lui préparait, le goût des amandes et des dattes
dont elle ne savait plus si c'était rattaché à sa mère ou à sa grand-mère tant
les souvenirs étaient enfouis et scellés.
Elle
aimait ces odeurs, mais, parfois elles lui donnaient la nausée tellement elles
lui rappelaient le manque et l'absence.
Cette
séparation précoce lui avait fait faire un pas de coté et soudain, elle était
devenue étrangère à sa propre enfance. La Transparence lui raconta alors sa
naissance, son père et leur vie à trois
en Algérie, puis son départ de ce pays où elle se sentait asphyxiée et enfin la
dislocation de leur couple une fois réinstallé en France avec la difficulté de
vivre pour son père au chômage. Et le choix qu'elle avait fait pour ne pas
l'humilier encore plus.
Le
soleil inondait le parquet jonché de
livres ainsi que le canapé rouge du salon où Mel s'allongea.
La Transparence
était désemparée face à la difficulté de lui venir en aide. Elle hésitait à téléphoner à son père. Elle
décida de se remettre au travail pour ne pas se laisser envahir par la
tristesse.
Le
téléphone sonna et c'était Garcia. Elle était laconique ne répondant que par
oui ou par non à la conversation.

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