Princesse Mel
Princesse Mel n'était pas jolie, elle était pire, "belle comme un
chemin de croix" aurait chanté Cabrel, une jeune fille marchant sur un sol
de soie au dessus du béton, des yeux verts en amande, dotée de longs cheveux
frisés bruns.
La Transparence lui apporta des gâteaux. Elle connaissait son goût pour
les Cup cakes, ces petits moelleux aux saveurs simples mais aux couleurs
surprenantes roses, mauves, pistache, cuits dans des petites caissettes en
papier des fêtes enfantines.
Elle avait été élevée par son père algérien, sa mère, française, était
partie lorsqu'elle était bébé.
Son enfance avait été ballottée entre le père et la grand'mère d'origine
italienne, en guerre avec son gendre, faisant mangé du porc à sa petite-fille
en cachette pour bien en faire une française et surtout pas une arabe, pire une
musulmane !
Princesse Mel habitait au Village Olympique, quartier construit pour les
J.O de Grenoble en 1968, dans une des tours Dodero à la frontière de la
Villeneuve. Elle vivait là avec sa demi-sœur
qui s'était nikabée depuis peu, pas loin de son petit ami, un caïd du quartier dit le
Généreux et dont la spécialité était le braquage.
Elle fit le portrait d'un quartier tendu durant cet été très chaud.
Il y avait même une piscine qui avait été achetée et installée pour les
habitants par le plus gros des dealers du quartier, et puis aussi l'arrivée des
Salafistes* dans une des mosquées que le groupe des Tabligh* voyait d'un très
mauvais œil.
La police avait découvert lors d'une perquisition une cache d'armes avec
fusils mitrailleurs, carabines, cartouches et quelques produits stupéfiants.
Trois suspects avaient été placés en garde à vue, puis remis en liberté
sans aucune charge retenue contre eux.
Voilà plusieurs nuits que les "soldats du ghetto" affrontaient
la BAC (la brigade anti criminalité) de nuit sous le regard du groupe des
"Lascars" qui vaquaient à leur bizness.
Le quotidien était dominé par la galère, l'ennui, la chaleur, le racisme
intériorisé. Heureusement, il y avait le groupe pour supporter tout cela, le
groupe qui était à la fois un cocon et une prison tout à la fois comme le
quartier d'ailleurs.
Princesse Mel avait acceptée de parler avec la Transparence, parce
qu'elle s'était rendu compte, que sa demi-sœur Hafida avait été harponnée par
les salafs*. Elle semblait sortie du temps réel et récitait, de manière
obsessionnelle, les sourates du Coran. Elle se disait l'élue de Dieu et avait même détruit la photo de leur
père.
La Transparence promit à Princesse Mel de se renseigner et, prit
congé d'elle tout en lorgnant sur le
tagine aux abricots et amandes qui mijotait dans la cuisine et dont l'odeur de
la cannelle et de la fleur d'oranger lui chatouillaient les narines.
La Transparence avait mis beaucoup de temps pour approcher Princesse Mel
qui, en fait, était sa fille qu'elle avait quitté, des années auparavant lors
de son départ du domicile conjugal, puis retrouvée après enquête. Elle avait demandé une mutation pour travailler sur le quartier afin,
d'une part d'essayer de se rapprocher d'elle et d'autre part, surtout parce
qu'elle avait découvert les relations dangereuses qu'entretenait sa fille
notamment avec ledit Généreux.
Princesse Mel ignorant toute de sa filiation, était pas mal agacée par
cette présence attentive qu'elle soupçonnait de vouloir se servir d'elle pour
piéger son copain. Aussi la maintenait-t-elle à distance, mais là, elle
s'inquiétait vraiment pour sa demi-sœur et la Transparence avait déjà sorti des
jeunes de situations délicates, sans rien demander en échange.
En fait l'inspectrice cherchait l'Asiate, peut être aurait-il quelques
infos pour elle. Celui-ci après avoir
été un gros dealer, s'était converti à l'Islam et, depuis il se
contentait de faire du recel et de la prédication. Il connaissait le monde et
l'arrière monde.
Il était mignon, très apprécié des filles sensibles à son charme un brin
exotique. Elle le chercha en vain.

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