mardi 21 avril 2015

Chapitre 3 Princess Mel


Princesse Mel

Princesse Mel n'était pas jolie, elle était pire, "belle comme un chemin de croix" aurait chanté Cabrel, une jeune fille marchant sur un sol de soie au dessus du béton, des yeux verts en amande, dotée de longs cheveux frisés bruns.
La Transparence lui apporta des gâteaux. Elle connaissait son goût pour les Cup cakes, ces petits moelleux aux saveurs simples mais aux couleurs surprenantes roses, mauves, pistache, cuits dans des petites caissettes en papier des fêtes enfantines.

Elle avait été élevée par son père algérien, sa mère, française, était partie lorsqu'elle était bébé.
Son enfance avait été ballottée entre le père et la grand'mère d'origine italienne, en guerre avec son gendre, faisant mangé du porc à sa petite-fille en cachette pour bien en faire une française et surtout pas une arabe, pire une musulmane !

Princesse Mel habitait au Village Olympique, quartier construit pour les J.O de Grenoble en 1968, dans une des tours Dodero à la frontière de la Villeneuve. Elle vivait là avec sa demi-sœur  qui s'était nikabée depuis peu, pas loin de  son petit ami, un caïd du quartier dit le Généreux et dont la spécialité était le braquage.

Elle fit le portrait d'un quartier tendu durant cet été très chaud.
Il y avait même une piscine qui avait été achetée et installée pour les habitants par le plus gros des dealers du quartier, et puis aussi l'arrivée des Salafistes* dans une des mosquées que le groupe des Tabligh* voyait d'un très mauvais œil.

La police avait découvert lors d'une perquisition une cache d'armes avec fusils mitrailleurs, carabines, cartouches et quelques produits stupéfiants.

Trois suspects avaient été placés en garde à vue, puis remis en liberté sans aucune charge retenue contre eux.
 Voilà plusieurs nuits que les "soldats du ghetto" affrontaient la BAC (la brigade anti criminalité) de nuit sous le regard du groupe des "Lascars" qui vaquaient à leur bizness.

Le quotidien était dominé par la galère, l'ennui, la chaleur, le racisme intériorisé. Heureusement, il y avait le groupe pour supporter tout cela, le groupe qui était à la fois un cocon et une prison tout à la fois comme le quartier d'ailleurs.

Princesse Mel avait acceptée de parler avec la Transparence, parce qu'elle s'était rendu compte, que sa demi-sœur Hafida avait été harponnée par les salafs*. Elle semblait sortie du temps réel et récitait, de manière obsessionnelle, les sourates du Coran. Elle se disait l'élue de Dieu et avait même détruit la photo de leur père.

La Transparence promit à Princesse Mel de se renseigner et, prit congé  d'elle tout en lorgnant sur le tagine aux abricots et amandes qui mijotait dans la cuisine et dont l'odeur de la cannelle et de la fleur d'oranger lui chatouillaient les narines.
La Transparence avait mis beaucoup de temps pour approcher Princesse Mel qui, en fait, était sa fille qu'elle avait quitté, des années auparavant lors de son départ du domicile conjugal, puis retrouvée après enquête. Elle avait demandé une mutation pour travailler sur le quartier afin, d'une part d'essayer de se rapprocher d'elle et d'autre part, surtout parce qu'elle avait découvert les relations dangereuses qu'entretenait sa fille notamment avec ledit Généreux. 

Princesse Mel ignorant toute de sa filiation, était pas mal agacée par cette présence attentive qu'elle soupçonnait de vouloir se servir d'elle pour piéger son copain. Aussi la maintenait-t-elle à distance, mais là, elle s'inquiétait vraiment pour sa demi-sœur et la Transparence avait déjà sorti des jeunes de situations délicates, sans rien demander en échange.

En fait l'inspectrice cherchait l'Asiate, peut être aurait-il quelques infos pour elle. Celui-ci après avoir  été un gros dealer, s'était converti à l'Islam et, depuis il se contentait de faire du recel et de la prédication. Il connaissait le monde et l'arrière monde.
Il était mignon, très apprécié des filles sensibles à son charme un brin exotique. Elle le chercha en vain.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire