samedi 25 avril 2015

Epilogue : chronique d'une catastrophe annoncée


Chronique d'une catastrophe annoncée

Pour rendre son rapport, Garcia fit un saut au commissariat où il trouva tout le monde en ébullition devant le poste de télé.
Il y avait eu un braquage avec armes dans un casino, la BAC avait poursuivi le voleur de l'agglomération à la Villeneuve. Le braqueur avait pensé trouver refuge dans la galerie Arlequin où il avait alerté ses potes de son arrivée avec les flics aux trousses. Une course-poursuite effrénée s'en était suivie avec un hélicoptère…
Arrivé à la galerie, il était descendu de la voiture en menaçant de son arme les policiers et ceux-ci avaient riposté. Il était mort.

Le Généreux venait d'être descendu, en bas de l'immeuble de sa mère.
Des heurts avec un groupe de jeunes s’engagèrent. Les UTEQ (unités territoriales de quartier) commençaient à encercler la Villeneuve. Les CRS avaient pris leurs quartiers avenue Renoir.

Tout le monde était sur les dents, prêts à la guerre : les forces de sécurisation, les jeunes décidés à en découdre. On avait rangé pour le moment les "pacificateurs indigènes*".
C'était le temps de l'affrontement et des deux cotés plus rien ne comptait !

La population avait déserté les rues et le parc et on avait intimé l'ordre aux agents des services publics de fermer dés 16h pour laisser place aux forces de police.
Sur la place du marché, la camionnette à pizzas avait relevé son auvent.
Les mamans rentraient avec les poussettes, les vieux abandonnaient leurs sièges sous les arbres, les jeunes quittaient leurs murs.
La gendarmerie avait dépêché des renforts; une vingtaine de militaires des PSIG de Meylan, Grenoble et Vizille.
Les rondes d'hélicos qui balayaient de leurs projecteurs les toits et balcons d’où fusaient des projectiles,  résonnaient jusqu'à Vigny-Musset le quartier d'en face.
Les policiers déployés commençaient à essuyer des tirs à balles réelles.
Vers 23h30 des gaz lacrymogènes étaient lancés contre les jeunes et une dizaine de voitures de CRS et de la BAC fonçaient toutes sirènes hurlantes à travers le secteur. Le lendemain, on recommençait la scène et on passait à l'acte II : encore plus de police, plus de médias et on annonçait le déplacement du ministre de l’intérieur, voire du Président sur le lieu même des affrontements : un vrai Bad Trip !
Pendant que le Président, revenant à la raison, renonçait à venir sur le site du conflit, il compensait par le Discours de Grenoble, véritable acte fondateur du rapprochement avec l’extrême droite. La panoplie de Vichy y était revisitée de la déchéance de la nationalité aux démantèlements des camps de Rom.
« Le Discours de Grenoble est une folie mais une folie assumée. Que la République sombre ou se régénère, l’été 2010 fera date ! » écrira l’historien Pierre Cornu.

FIN

Chapitre 12 L'insomnie des étoiles


L'insomnie des étoiles

Ils étaient maintenant tous deux persuadés que la solution de leur enquête était du coté de Patchouli.
Ils la trouvèrent prostrée chez elle, sans résistance aucune et elle devança  leurs questions.
"Oui elle avait tué Lamer "
"Oui c'était avec le talon aiguille de la chaussure de son amie"
"Oui l'arme du crime était chez elle".
Patchouli raconta la frustration de vivre une relation cachée et quelque part niée, le départ du centre social où elle était respectée, tout cela pour protéger leur relation.
Elle s'était sacrifiée pour Lamer, avait été un appui pour améliorer ses relations avec les usagers, lui faisant comprendre à chaque instant le quartier en souffrance, mettant à bas ses représentations et ses préjugés.
Elle lui avait expliqué durant des soirées entières les stigmates qu'on projette sur les quartiers (im)populaires, dont la population évolue entre paranoïa, victimisation et colère et dont la langage était une sueur du corps profond. Sans oublier  le ghetto du gotha, la France qui se tricotait entre héritage et mérite, bref une société du tout à l'égo comme l'avait écrit Régis Debray.
Au bout de toutes ces années, elle était épuisée, vidée par les contradictions entre ses valeurs et celles de son amie, lorsqu'une petite jeune collègue était arrivée au centre social. Lamer tomba sous le charme et ce fut un épisode de trop pour Patchouli.

La liberté c'est de faire autre chose que ce que les autres ont fait de nous.  J.P. Sartre

La Transparence passa chez Mel pour lui annoncer la nouvelle et la rassurer par rapport au Généreux.
Elle profita de ce moment de soulagement pour l'inviter chez elle, elle aussi savait cuisiner les tagines. Est-ce que Mel connaissait celui aux coings et au miel ?

Il fallait découper la viande d'agneau en morceaux, bien la colorer dans le beurre chaud.
Ajouter les oignons, l'ail, la cannelle.
Mélanger et mouiller avec de l'eau à hauteur des morceaux de viande.
Laisser cuire 45mn.
Laver et couper les coings, les cuire dans l'eau bouillante en veillant à les garder ferme.
Egoutter puis passer dans une poêle avec miel et beurre. Les glacer.
Dresser sur un plat viande et coings.
Saupoudrer de cannelle et de quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger.
Et déguster!

Mel intriguée la questionna sur les origines  de cette culture culinaire arabe. Soudain elle lui parla de son père qui avait très peu évoqué de sa mère ; à peine lui avait-il dit qu'elle avait quitté l'Algérie, lorsqu'elle était petite, et, que depuis c'était le silence.
Princess Mel, à chaque fois, ressentait une colère sourde contre elle, mêlée à une tendresse très forte, aux moments si rares, où elle évoquait des images de son enfance, où elle était encore là : l'odeur de l'eau de fleur d'oranger, de la cannelle et du miel dont elle enrobait les gâteaux qu'elle lui préparait, le goût des amandes et des dattes dont elle ne savait plus si c'était rattaché à sa mère ou à sa grand-mère tant les souvenirs étaient enfouis et scellés.

Elle aimait ces odeurs, mais, parfois elles lui donnaient la nausée tellement elles lui rappelaient le manque et l'absence.

Cette séparation précoce lui avait fait faire un pas de coté et soudain, elle était devenue étrangère à sa propre enfance. La Transparence lui raconta alors sa naissance,  son père et leur vie à trois en Algérie, puis son départ de ce pays où elle se sentait asphyxiée et enfin la dislocation de leur couple une fois réinstallé en France avec la difficulté de vivre pour son père au chômage. Et le choix qu'elle avait fait pour ne pas l'humilier encore plus.

Le soleil inondait le parquet  jonché de livres ainsi que le canapé rouge du salon où Mel s'allongea.
La Transparence était désemparée face à la difficulté de lui venir en aide.  Elle hésitait à téléphoner à son père. Elle décida de se remettre au travail pour ne pas se laisser envahir par la tristesse.

Le téléphone sonna et c'était Garcia. Elle était laconique ne répondant que par oui ou par non à la conversation.

Chapitre 11 Une autre femme


Une autre femme

Garcia vit arriver une bobo, dans les quarante années de vol, petite, un peu timide, avec des grands yeux noirs, des cheveux bruns coupés au carré, assez jolie et dégageant une forte odeur de patchouli. Celle-ci connaissait bien Lamer mais, elle avait évité de se présenter au commissariat par peur de révéler sa relation intime avec la victime.
En effet elles auraient dû être ensemble pour un week-end prolongé dans le midi, mais son amie avait annulé parce qu'elle avait une urgence liée à « l'enfance en danger », avait-elle dit.  Elle n'avait pas voulu donner plus de précision malgré l'insistance de Patchouli qui, bien que frustrée de ce moment de détente, respecta les contraintes de sa compagne. Cela faisait cinq ans qu'elles étaient ensemble, elles s'étaient connues au travail.
Patchouli avait du demander sa mutation dans l'agglo pour protéger leur relation.

Garcia la trouvait digne et effondrée à la fois et bien que chatouillé dans ses fondamentaux de macho méditerranéen, il n'insista pas devant son chagrin. Il lui garantit la discrétion car il savait malgré tout, la fonction publique très frileuse, voire plus, sur les discriminations liées à l'homosexualité. Son reporting à la Transparence fut tendu et polémique.
Elle trouvait qu'il n'avait pas assez creusé, pas assez fouillé et furieuse, elle se rendit à l'appartement de Patchouli pour compléter l'interrogatoire. Elle avait besoin aussi de voir son environnement intime. L'appartement était petit dans un immeuble résidentiel. Patchouli fut étonnée de la voir et se mit sur la défensive. La collection de disques piqua sa curiosité, il y avait beaucoup de rock en roll et même du heavy métal.
Au commissariat elle avait aperçu une baba cool et là, elle avait devant elle une rockeuse pure et dure, avec un tatouage qui débordait de son tee shirt ouvert, il ne manquait que les bagues avec une tête de mort. Par la porte entrebâillée, elle entrevoyait une chambre aux murs noirs et aux volets fermés.

Sur la bibliothèque elle reconnut une photo qu'elle avait aussi vue chez Lamer. Elle en fit la remarque à Patchouli, ce qui eut pour effet de  la déstabiliser. L'émotion ?
Elle était face à une intelligence vive et originale, derrière une apparence sociale lisse, probablement tiraillée par un conflit identitaire interne dont la Transparence connaissait bien les contours. Leurs relations avec Lamer devaient être complexes tant leurs visions du monde faisaient le grand écart. Que d'ambivalences : un vrai château de cartes !
Elle la quitta tellement intriguée, qu'elle décida de retourner à l'appartement de la victime où elle demanda à Garcia de la rejoindre. Elle avait l'intuition que ce serait là qu'elle trouverait la réponse. Garcia se moqua d'elle, en lui rappelant que fonctionner à l'instinct c'était plutôt pour lui dans leur binôme.
Aussitôt la Transparence arrivée, décolla du mur  la photo de groupe avec Lamer et Patchouli. Elle l'observa attentivement pendant que Garcia faisait une nouvelle fouille de la chambre. Tous les tiroirs furent ouverts, lorsqu'il s'aperçut que dans le meuble à chaussures : une paire était incomplète Tous deux observèrent avec précision celle qui restait et qui avait un énorme talon en métal. Cela devait être dur de tenir en 'équilibre avec çà !
Soudain La Transparence sortit de sa poche la photo et elle remarqua que c'était les mêmes chaussures qui étaient portées par Lamer.

Il y avait dans la chambre, posés sur l'angle de la fenêtre, trois dossiers avec le logo de l'Institution de Lamer. Deux concernaient la protection de l'enfance avec des procédures de signalement et le troisième était celui de la mère du Généreux. Pourquoi Lamer avait-elle ramené ces dossiers chez elle ? Quelles étaient ses interrogations qu'elle se posait sur le dossier de la famille du Généreux ? Est-ce qu’il avait un élément qui justifiait les menaces qu'elle avait reçues ?
La Transparence prit le document avec l'idée de le soumettre à la Bretonne.
Elle arriva au centre social, trouva la porte fermée avec une affichette expliquant, que le personnel avait été victime d'incidents violents, et que l'établissement serait fermé jusqu'à la fin de la semaine ! Elle actionna la sonnerie sur le coté, la secrétaire après avoir vérifié que ce n'était pas un usager, vint s'enquérir de l'objet de la visite et ouvrit enfin.

Elle expliqua à la Transparence qu'un habitant connu par le service, qui vivait dans une caravane, était venu voir son assistante sociale pour réclamer une aide alimentaire car cela faisait deux jours qu'il n'avait pas mangé.
L'usager étant suivi par le CMP (centre médico-psychologique) pour usage régulier de produits stupéfiants divers et variés, l'A.S avait téléphoné à sa collègue pour vérifier qu'il n'avait pas déjà bénéficié d'une aide par leur structure durant le mois écoulé.
Celle-ci étant en vacances, l’A.S avait demandé à l'usager de revenir cinq jours plus tard.
Avant même que la secrétaire lui raconte la suite, la Transparence qui connaissait cet individu, devina sa réaction devant une réponse aussi absurde.

Le monsieur, à la corpulence impressionnante, la faim aidant et peut-être aussi le manque de médicaments, péta les plombs, renversa tout ce qu'il trouvait devant lui et proféra des menaces de mort envers l'AS.
Les collègues appelèrent la police et l'usager fut expulsé des lieux, laissant les professionnelles hébétées et tétanisées par cette décharge de violence. Bien sur on déclencha la réunionite, maladie si chère aux institutions, et décision fut prise de fermer le centre social.

La Bretonne confia qu'au vu du document, Lamer avait omis de faire une demande de FSL (fonds de solidarité pour le logement) qui en fait, était une aide  pour maintenir la personne chez elle. C'était une faute lourde, elle fulminait car il y avait pourtant tous les éléments de diagnostic et aucun justificatif ne manquait pour instruire le dossier.

La Transparence rentra chez elle, mit un bon vieux Marvin Gay sur la platine, pendant qu'elle se faisait couler un bain aux essences de fleurs d'oranger. Puis elle passa chez Garcia, déguster un succulent tagine aux pruneaux et amandes, avant de se rendre chez Pierre le Défroqué.
Avec ce dernier, elle avait besoin de parler de sa décision quant à Mel. Le Défroqué apprit ainsi avec stupeur la filiation de Mel et de la Transparence et pendant un instant il se sentit dans la peau d'un père incestueux. Mais maintenant qu'il était informé, il était frappé de voir qu'elles avaient les mêmes yeux et les mêmes expressions vives et plein d’humour même quand les situations étaient désespérées.

Il sortit quelques photos qu'il avait faites de Mel.
En effet, le Défroqué après avoir abandonné la magistrature, s'était mis à la photo. La Transparence lui trouvait beaucoup de talent, malgré une atmosphère toujours très sombre, voire désespérée, désenchantée aimait-il à dire,  de ses travaux. Il aimait la photo parce que c'était un instrument de l'intuition et de la spontanéité. Il se sentait impliqué quand il découpait le monde à travers le viseur. Il mettait ainsi sur une même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur. Il lui offrit une photo de Mel où on la voyait faire un pas de danse au dessus d'une flaque d'eau. Ce cadeau mis la Transparence dans tous ses états et tout son corps semblait secoué de larmes.
Elle lui confia toute cette douleur et sa culpabilité de l'avoir abandonné enfant, douleur qu'elle avait enfouie en elle depuis des années.

Elle avait pris cette décision pour ne pas à se déchirer avec son ex mari, qui était tout à la fois le père et la mère pendant qu’elle, pétrie de féminisme, était par monts et par vaux pour gagner un peu d'argent. Cette blessure avait toujours été à vif, et surtout elle en reconnaissait les traces à chaque fois qu'elle voyait Mel.
Elle était revenue sur Grenoble lorsqu'elle avait su que son adolescence commençait à la faire tanguer de trop. Depuis tout s'était rétabli, Princesse Mel avait repris ses études de socio, puis s'était orientée vers le métier d'éducatrice de prévention. C'est ainsi qu'elle s'était installée avec sa demi-sœur dans le quartier.
La Transparence était fière d'elle, de son intelligence mais toujours inquiète de certaines de ses fréquentations. Mel aimait les rebelles, les rebuts, les fracassés de la société. Les petits frappes et la caillera aurait dit Garcia. Elle était à l'aise avec eux, le milieu étudiant l'insupportait et la gavait.
Puis elle s'était mis avec le Généreux, l'avait quitté, puis s'était remis avec lui quand il était rentré en prison : par culpabilité, amour, et solidarité, les trois à la fois, quoi qu'il en soit ce n'est pas à un flic qu'elle allait se confier.
Dans le cadre de son travail, la Transparence avait été en contact  avec Mel et elles avaient eu à agir ensemble pour éviter à des jeunes d'aller en prison.

La Transparence, pour la première fois, dormit chez Pierre. La nuit fut tendre.
Elle se réveilla à l'aube, l'esprit occupé par son enquête. Le mystère résidait dans l'appartement de Lamer.

Elle procéda à une nouvelle fouille, regarda à nouveau dans le placard à chaussures, puis la paire incomplète. Elle allait reposer accessoire en haussant les épaules devant tant de délires vestimentaires, lorsque Garcia s’en saisit.

Il venait de comprendre qu'il avait là, l'objet qui avait servi à tuer. Le bout du talon ressemblait à la marque retrouvée sur le crâne de la victime, un carré avec des angles arrondis. Fébriles, ils embarquèrent l'objet au labo photo et revinrent comparer les surfaces sur l'ordinateur du bureau : ils avaient enfin l'arme du crime.
Est-ce qu'il y avait eu un grain de sable qui avait fait basculer leur relation et transformer Patchouli en meurtrière ?
Etait-ce un tiers ? Quel était le mobile : la vengeance, l'argent, la jalousie ? Mais il était trop tard pour demander un mandat de perquisition.

Ils se retrouvèrent avec Garcia devant un jus insipide, qui les décida vite à déserter le commissariat, pour trouvé un endroit, où le café serait meilleur et dont Garcia appréciait la serveuse ; une jeune blonde aux cheveux oxydés, lèvres pulpées, décolleté profond et une jupe noire moulante qui laissait deviner le string.
Les fantasmes très tradis de Garcia, sur ce qui était pour lui l'éternel féminin, la faisait sourire et elle aimer à le taquiner la dessus. Garcia était un macho, espèce en voix de disparition dont il fallait sauvegarder un spécimen, bref un vrai sujet d’anthropologie.
La Transparence aimait ces plaisirs minuscules qui la réconciliaient avec la vie, marquant une pause dans ses emmerdes face aux questions métaphysiques des « sans toits affectifs » .

vendredi 24 avril 2015

Chapitre 10 Le cache-cache des mémoires partagées


Le cache-cache des mémoires partagées

Princess Mel lui précisa que leur père n'était pas au courant, il était suffisamment furieux de cette mésalliance.
La Transparence raccrocha le téléphone, très culpabilisée, par cette nouvelle. Elle n'avait rien pu faire, car les flics étaient non seulement peu formés sur cette problématique, mais en plus et, surtout, il n'y avait aucune loi qui pouvait protéger contre ce qu'elle considérait comme une secte.

Elle avait pris sa décision, elle allait revoir le père de Mel, après vingt quatre ans passés. Elle savait qu'il habitait Fontaine, mais elle ne souhaitait pas perturber sa famille, aussi elle décida de l'attendre là où elle savait qu'il venait se détendre au Salon de thé, ex pâtisserie algérienne ans le vieux quartier de Grenoble. C'était un petit détail qui lui avait été donné par Mel à son insu.
Elle le vit sortir, par chance, seul. Il semblait perdu dans ses pensées, lorsqu'elle l'aborda. Il n'eut pas une seconde d'hésitation pour la reconnaître. Ils se posèrent dans un des cafés de la place Saint André, un charmant troqué aux boiseries anciennes et aux cloisons de verre gravé.

Aux murs, une exposition d’un photographe qu’elle appréciait particulièrement Hamid Debarrah, et dont le thème était la transmission au travers d’objets du quotidien : une femme et une poterie, un bijou kabyle, une empreinte à gâteau en bois, un flacon d’eau de fleur d’oranger de Vallauris…
Elle l’entendait parler, assise en face de lui et elle se surprenait à ne plus l’écouter : elle savait qu’à la fin de ses phrases il y aurait encore un énorme égo. Cependant, depuis bien des mois et même des années sans savoir à quand remontait ce souhait, elle avait oublié le nombre, qu’elle souhaitait le revoir.
Au début de leur relation il y avait eu beaucoup d’échanges et de joie partagée, parfois de disputes passionnées où elle ressentait ce qui faisait le choc de leurs personnalités : ils étaient tellement différents, l’égoïsme de l’un avait rencontré l’altruisme sacrificiel de l’autre, aurait dit la psy…
A l’époque elle était une jeune femme à la recherche identitaire plutôt floue ; son père avait quitté sa mère pour retourner dans son pays d’origine. L’adolescence avait été remisée sans tracas ni fracas, une perte en silence avec une tristesse dense. La France d’alors était relativement tolérante malgré les séquelles dues à la guerre d’Algérie.

Aucune rancune ni aigreur dans son attitude, le père de Mel  paraissait presque heureux de la revoir. Elle lui parla du mariage de sa deuxième fille. Il ne découvrait pas qui était son gendre, et il l'avait déjà mise en garde, mais elle n'entendait rien, tant elle semblait sous l’emprise de cette secte salafiste*. Elle surinvestissait l'Islam qui devenait un support quasi-existentiel et son seul espoir social. De plus  elle tenait à le marquer par un niqab qui devenait une sorte de frontière entre elle et les autres, qu’ils soient non musulmans ou musulmans. Elle évoluait dans un monde bipolaire partagé entre islamistes et islamophobes.

Le père était désespéré aux larmes, mais il disait qu'il ne renoncerait pas à l’extraire de ce piège ! Puis ils parlèrent de Mel, et là, son regard devenait inquiet, soupçonneux. Il disait ne pas comprendre ce qu'elle faisait dans ce quartier, elle, qui avait fait des études à l'université.
La Transparence lui dit que, peut-être elle avait besoin de reconnaître la diversité de ses appartenances, son histoire collective, avant de prendre de la distance. Quand elle évoqua son désir de lui révéler sa filiation, le ton de la conversation se fit beaucoup moins amical.

La pluie commençait à tomber et la vue de la façade XVIIème de l’ancien Tribunal se brouillait grâce à la densité de l’averse. Elle aimait cette place autant l’été que l’hiver, avec sa vieille église plutôt laide et son théâtre désuet. Le fleuve juste derrière signait la frontière avec le quartier italien adossé au flanc de la montagne surmontée du fort de la Bastille. Une statue avec un lion terrassant un serpent marquait l’entrée de la rue et du quartier Saint Laurent. Encore attablée, son regard s’accrochait à chaque goutte qui tombait jusqu’au sol. La température devenait supportable et la lumière plus douce à cause de la pluie.

Et comme par le passé, il abrégea la discussion. Il paya leurs consommations et partit, la laissant, désemparée comme autrefois. Elle se leva surprise de sa résistance au vertige, le corps lavé, plein d’épines et de pleurs sur des souvenirs qui devenaient rances.

Chapitre 9 Le Généreux



Le Généreux

La Transparence fut étonnée de voir arriver le Généreux, sans avoir à le cueillir à six heure 
du mat à son domicile. Il ne semblait pas particulièrement inquiet et il avait subi tellement de gardes à vue qu'il en était blindé. C'était un homme d'une trentaine d'années, grand avec des yeux clairs, des cheveux noirs coupés courts, un tee-shirt noir et un pantalon bien taillé et même couleur. Il était élégant, bien proportionné, à l'aise et on pourrait le croire d'un milieu favorisé. Seul son vocabulaire le trahissait.
La nuit du meurtre, son emploi du temps était à peu prés clair, sauf une légère zone de flou qui ouvrit la voie à la suspicion, enfin, surtout celle de Garcia qui était sûr, depuis un moment, de tenir son meurtrier.
Le Généreux ne tenta même pas de nier les menaces qu'il avait proférées envers la victime. Bien sur qu'il la haïssait l'assistante sociale, "elle avait fait du mal à sa famille !".
Garcia sortit de l'interrogatoire enclin à croire que la vengeance était le mobile.
Il voulait prolonger la garde à vue pour continuer à le cuisiner, n'avait-il pas avoué qu'il connaissait le domicile de la victime ?

La Transparence hésitait : le Généreux était un braqueur, et ceux-ci n'utilisaient leurs armes que pour se défendre lors d'un casse qui tournait mal, mais là il n'y avait même pas eu de vol. Elle le relâcha, en se disait, qu'il fallait le laisser au frais, pour le consommer peut-être plus tard.
Fâché et même furieux, Garcia lui reprocha de vouloir protéger Princesse Mel. Il partit faire une enquête de voisinage.
La voisine de palier, terrorisée, eut du mal à lui ouvrir mais dut s'exécuter devant les injonctions de Garcia. Elle n'avait : "rien vu, rien entendu, elle ne s'occupait pas des affaires des autres". Mais, elle avait tenu à préciser qu'elle n'avait jamais vu d'hommes venir chez sa voisine, ni le week end du meurtre ni avant.
La voisine du dessus, Fanny une jeune trentenaire fut plus accueillante, mais elle connaissait assez peu la victime, il lui arrivait cependant de la croiser dans des bars en ville, sans plus.
Garcia passa alors un coup de fil à sa chef pour lui rendre compte de ce qu'il venait d'entendre c.-à-d. pas grand-chose. La Transparence lui suggéra d'aller rendre visite à la mère du Généreux. Il trouva une femme en piteux état, elle sortait de sa deuxième attaque cérébrale et elle était grave sous cachetons mais elle avait confirmé l'alibi de son fils.

La Transparence et son adjoint s'étaient donné rendez vous pour le déjeuner dans le plus vieux café de Grenoble, la Table Ronde : leurs escalopes à la sauce moutarde étaient mortelles, sans parler de la tarte tatin.
Elle aimait cette ville, cette forteresse encastrée dans ses chaines de montagnes. Où que l'on soit dans la ville, on pouvait voir la chaine de Belledonne, le Néron ou le Vercors avec le Moucherotte et ainsi franchir allégrement les Alpes. L'Isère et le Drac, aux eaux hélas si polluées, structuraient le territoire de la vallée en un Y majestueux, véritable emblème du terroir isérois.

Leur enquête pataugeait et il fallait reprendre des forces. Pour le café, ils allèrent dans un bar, place aux Herbes, trois pas plus loin.

Par acquis de conscience, ils montrèrent la photo de Lamer au barman. Celui-ci la reconnaissait, elle venait souvent le vendredi soir, toujours accompagnée par la même personne, une femme, mais cela faisait au moins deux mois qu'elles n'étaient pas venues.

Pendant que la Transparence finissait son café, Garcia fit un saut à l'appartement de Lamer.
En effet il se souvenait d'une série de photos sur le mur, dont une où on voyait un groupe de femmes. Peut-être qu'avec un peu de chance le barman  reconnaitrait la seconde femme. Ce dernier, après une hésitation, reconnut celle du milieu.
La Transparence repartit pour le centre social avec la photo. La Chèvre ne la connaissait pas, par contre la Bretonne oui : c'était une ancienne collègue qui était partie travailler dans l'agglo, quelqu'un de plutôt chouette d'ailleurs.

Elle lui conseilla de voir leur chef de service qui connaîtrait peut être son nouveau lieu de travail.

Elle reçut un coup de fil de Princesse Mel, celle-ci révoltée et triste à la fois, lui annonçait le mariage de sa demi-sœur nikabée avec un barbu salaf, qu'elle avait rencontré sur le Net et vu à peine trois fois. Le mariage se déroulait ce week end, et après elle partirait avec lui dans un pays du Golfe.

jeudi 23 avril 2015

Chapitre 8 Aimer la pluie sans parapluie !


Aimer la pluie sans parapluie !

L'appartement de Steve était spacieux, avec des hauts plafonds et un plancher Hache et, comme dans les décors des  séries télé, il y avait une cheminée en marbre trônant dans le salon. L'espace était meublé avec goût avec des objets rapportés de voyages lointains. Tout cet ensemble ordonné, beau, douillet était totalement indifférent à Princesse Mel.

Aussitôt le seuil franchi, elle se scotcha à ses lèvres et l'entoura de ses bras avec fougue, puis elle descendit le long de son torse dont elle ouvrait la chemise avec élégance et lenteur. Ses mains arrivèrent à la ceinture en cuir Armani qu'elle défit en même temps que son autre main et sa bouche effleuraient le sexe gonflé de son homme.
Il s'agenouilla à son tour prit ses lèvres, ses seins, l'allongea sur le tapis en laine épaisse avant de s'enfouir en elle. Le plaisir fut intense comme à chaque fois entre eux.

Voilà plusieurs mois qu'ils s'étaient rencontrés dans le cadre du travail. Le regard de Princesse Mel, la grâce de sa gestuelle l'avait séduit immédiatement. Elle était au milieu d'un groupe d'habitants, qu'il avait voulu rencontrer, avant de valider une demande de subvention. Elle s'était approcher de lui pour lui asséner quelques vérités bien senties du genre : "Arrêtez avec vos injonctions du type méfiez-vous de vos appartenances, prenez de la distance pour acquérir de l'autonomie"…Puis elle s'était évanouie dans le paysage. Elle était tellement différente des autres personnes qu'il rencontrait souvent dans son travail; ces hommes ou femmes souvent de gauche,  quelquefois cathos, ou les deux à la fois, qui constituaient le bataillon de la gauche socialisante, qui avaient pour la plupart passé un peu de temps en Algérie, Tunisie ou au Maroc et qui à leur retour s'investissaient dans des associations où ils continuaient, au nom de la fraternité  à évangéliser à leurs manières et qui passaient d'une attitude de domination à celle du paternalisme.
Ils voulaient ramener les brebis égarées, jusqu'au jour où ces mêmes brebis avaient trouvé d'autres bergers qu'ils allaient alors combattre.

Steve avait bien essayé plusieurs stratégies pour revoir Princesse Mel, mais elle ne venait qu'une fois sur trois complètement indifférente à ses attentions. Princess Mel lui rappelait Zahra, qu’il avait rencontré lors d’un voyage au Maroc, où un ami l’avait invité. 

C’était une jeune femme grande, brune, une peau dorée et des cheveux frisés qu’elle portait sur le haut de la tête avec un turban coloré. Son ami avait un Riad, en pleine médina avec des volets en bois de cèdre et un patio à la mosaïque bleue et blanche, où son ami avait prévu, dés le lendemain de son arrivée, un repas avec des artistes et des écrivains comme il aimait en organiser.
L’ambiance y fut agréable et la pastilla aux pigeons délicieuse. Durant la soirée, Steve avait observé l’écrivain Kalili et Zahra. Celui-ci était lancé dans un jeu de séduction pendant que la jeune femme essayait en vain de lui parler de littérature et des droits de l’homme.
Steve, pris de compassion intellectuelle, s’était alors approché et avait entamé une discussion sur l’impact du bilinguisme dans l’imaginaire des écrivains arabes. Khalili s'éloigna dépité et la jeune femme sembla soulagée.

Zahra habitait en France où elle enseignait en banlieue, elle écrivait aussi et avait publié quelques articles dans une revue de psychosociologie. La conversation dévia très vite sur un registre plus intime  à savoir la nature des relations hommes- femmes, le tabou de la virginité et sa recrudescence dans les quartiers en France avec le retour du religieux qui renforçait le machisme.
Zahra évoquait avec lui les réflexions d’ados entendues dans sa classe. Elle se disait endettée et endeuillée face à cette génération, elle qui avait bénéficié d’une autre France, plus ouverte, plus sereine et sûre de son identité.
 Le contact entre eux fut tellement simple et agréable que par la suite il visita le pays avec elle et son frère Nizar. Leur trio était joyeux et léger, ces deux la avaient un tel goût des autres et ces moments passés avec eux, étaient toujours chargés d’étonnements. Steve était surpris par la curiosité sans fin de Zahra, lui qui l’avait perdu malgré son jeune âge. Elle semblait infatigable, gourmande et il aimait à contempler cette appétence relationnelle comme une véritable addiction à la vie.

Le téléphone de son bureau sonnait et l’activité professionnelle reprenait le dessus.

Puis, un jour, alors qu'il travaillait tard à ses dossiers, il la vit débarquer dans son bureau.
La suite se fit avec le plus grand naturel, et un soir alors qu'il la raccompagnait à la frontière de son quartier, elle se pencha vers lui pour l'embrasser.

Il savait si peu de choses sur elle, pas même si elle avait un petit ami, mais il ne la sentait pas complètement libre. Un jour, elle lui dit avec un grand naturel que son petit ami était sorti de prison sans donner plus de détails.
Peu importait, il était trop épris d'elle, de son corps, de son intelligence, de son amour de la vie.
Le confort dans lequel il vivait lui semblait triste et stérile face à cette fulgurance. 

Steve s'accrocha au présent avec force et angoisse. Il se refusait de penser à un futur qui risquait de lui enlever cette flamme, cette appétence qu’il découvrait avec elle.
Elle lui disait souvent qu'il fallait savoir s'abandonner au réel et « aimer la pluie sans parapluie ». Le chaos, les blessures n'étaient pas des ennemis pour accueillir la vie.

Quand ils parlaient ensemble des quartiers populaires, elle lui racontait des gens plein de nuances, d'hésitation, d'ambigüité, pris dans la diffraction du stigmate et du racisme qui les avait déconstruits et attaqués de l'intérieur. Elle lui faisait faire une révolution complète et toucher du doigt toutes ses représentations et préjugés.
Il se demandait, lui le diplômé de Sciences Politiques. Paris, au parcours linéaire et semé de certitudes, comment il pourrait continuer à travailler pour la politique de la ville après un tel chaos.

Mel aimait beaucoup de ce grand blond de vingt six ans, élégant, aux idées très à gauche et au nom curieusement british. Elle ne sentait chez lui aucun carriérisme. Elle craignait pour lui, elle se doutait que le système pouvait le broyer, lui le grain de sable que l'institution avait laissé passer.

Chapitre 7 Les poussières de l'Empire


Les poussières de l’Empire

Pendant ce temps la Transparence et Garcia continuaient les interrogatoires.
La Transparence allait commencer par la Bretonne, pendant que Garcia s'occupait de la Chèvre qu'il savait proche de la victime.

La jeune femme dans la quarantaine, cheveux courts blonds, habillée plutôt sportwear,  lui parla de ces usagers qui ne respectaient pas les règles, qui voilaient leurs femmes et ne savaient pas éduquer leurs enfants.

Garcia apprit que Lamer assurait le suivi de la mère du Généreux. Un jour furieux, celui-ci était venu faire un scandale suite à un refus d'aide pour sa mère.
Il avait menacé Lamer, on avait appelait la police pour le sortir du bureau,  mais hélas il n'était pas le seul à proférer des menaces. La Chèvre lui décrivit la peur et le dégout de ce quartier. Garcia lui promit de trouver l'assassin et, alors qu'il se faisait raccompagner à la porte, ils virent passer un jeune, toute musique dehors, et bien sûr du rap et même du groupe Secteur 6.

La Transparence, elle,  aimait bien la Bretonne, une assistante sociale, complètement atypique, grande aux cheveux bouclés auburn et aux yeux bleus, elle avait même été bergère dans une autre vie. Il y avait une grande reproduction de Matisse "La fenêtre à Tanger" au mur, une bibliothèque où les usagers pouvaient se servir et quelques bibelots du Maghreb sur  son bureau. Elle la savait appréciée par ceux qui fréquentaient le centre social, ce n'était pas une "Madame non d'avance" comme ils disaient de Lamer !

La Bretonne lui raconta le peu d'intérêt qu'elle avait par rapport à la victime. Elle la trouvait très éloignée de l'éthique, avec parfois des propos limites, voire discriminatoires sur les habitants du quartier.
La Bretonne parla de ces territoires poussières d’Empire, où, les origines font écran à tous ce qu’on peut dire. Elle évoqua aussi les enfants du divorce colonial parqués dans les quartiers en périphérie des grandes villes, les classes fruits amers de cette ségrégation spatiale, le manque d’appétence aux apprentissages, la fatigue des profs et le désespoir des parents. Bref une génération entière délaissée, ignorée, mal aimée, dans le vide après avoir tenu les murs.

 La Transparence lui raconta aussi les gens croisés en hauts lieux, ces lieux, où « l’air est si pollué qu’il faudrait le faire passer dans plusieurs filtres avant de le respirer ».
La Transparence la quitta, et se dirigea vers le centre ville lorsque, de la fenêtre de sa voiture, elle aperçut Princesse Mel avec un visage qui lui était familier.
Ils semblaient assez proches. Elle garât sa vieille caisse et continua le chemin à pied, question d'être obligée de passer dans la contre-allée et, donc, devant la terrasse où ils se trouvaient.
C'était Steve Ed, un haut fonctionnaire de l'Etat. Elle était surprise d'apprendre qu'ils se connaissaient, leurs mondes étaient tellement éloignés. C'était comme la rencontre des white trash avec l'aristocratie.
Il est vrai qu'au jour d'aujourd'hui il n'y avait presque plus de lutte des classes, juste du bizness et du négoce. Princesse Mel avait aperçu le manège de la Transparence, elle se leva et emmena son compagnon loin des regards inquisiteurs.
Quand à la Transparence elle était invitée dans la famille de Garcia pour un repas. A la vue du menu, elle n’avait pas hésité un seconde. Décidément malgré leurs antagonismes, son adjoint savait la prendre.

La famille de Garcia était nombreuse : cinq frères et sœurs, leurs enfants, leurs conjoints et deux amis.
C’était un désordre et une gaité sans nom où les personnes s’invectivaient sans cesse à propos de tout et de rien : le manque de safran, le trop d’ail ou la grosseur de la graine du couscous.
Aujourd’hui il y avait les deux branches de la famille l’oranaise et l’algéroise ; alors le conflit culinaire était à son paroxysme et semblait se cristalliser sur la grosseur de la graine du couscous et de la sauce qui devait aller avec.
Elle retrouvait tous les clivages régionaux entre l’ouest et le centre algérien.
Malgré cela le couscous était très réussi avec ses différentes salades autour, où chacun pouvait piocher au grès de son envie. Il y eut aussi des boulettes à la tomates qui marqua définitivement l’identité du repas : l’ouest avait gagné ! Donc on termina par un thé à la menthe au lieu du café.